Le chiffre revient régulièrement dans les discussions : une très large majorité des particuliers perdrait de l’argent sur ces instruments. Il est le plus souvent repris sans référence, ce qui le rend facile à contester.
Il provient d’une étude conduite par le régulateur français, portant sur des comptes réels ouverts chez des intermédiaires agréés, sur une période de quatre ans. Les résultats détaillés sont publics.
Les lire intégralement présente un intérêt supérieur à celui du seul pourcentage, car l’étude identifie les facteurs corrélés à l’ampleur des pertes.
Ce que mesure exactement l’étude
Avant d’examiner les chiffres, il est utile de préciser le périmètre, car il conditionne l’interprétation.
Répondre à la question qu’est-ce qu’un CFD suppose de retenir trois caractéristiques : il s’agit d’un contrat portant sur la variation de prix d’un sous-jacent, assorti d’un effet de levier, et dont le résultat ne dépend pas de la détention du sous-jacent lui-même.
L’étude a porté sur ces instruments et sur les opérations de change, chez des intermédiaires disposant des agréments requis. Les entités opérant illégalement en sont exclues, puisque les transactions y sont souvent fictives.
Ce point est important : les chiffres ne décrivent pas des situations de fraude, mais le fonctionnement normal du marché régulé.
Les constats principaux
Le régulateur a analysé les comptes d’un panel de clients actifs sur plusieurs exercices consécutifs.
Le rapport conclut qu’il ressort de l’étude que le trading de CFD et de Forex est à l’origine de pertes significatives pour une très large majorité de particuliers, avec un taux moyen de clients perdants sur une période de quatre ans de plus de 89 %, et un résultat total négatif de 161 115 493 euros.
Le même document conclut que l’étude confirme le niveau de risque extrêmement élevé de ces modes de trading, peu adaptés à la grande majorité des investisseurs particuliers.
La stabilité du taux
Un détail mérite attention : la proportion de clients perdants sur une année donnée est restée proche de 84 % d’un exercice à l’autre, sur l’ensemble de la période observée.
Cette stabilité indique que le résultat ne dépend pas des conditions de marché d’une année particulière.
Elle explique aussi l’écart entre le taux annuel et le taux cumulé sur quatre ans. Un client peut être gagnant une année donnée et perdant sur la durée, ce qui porte la proportion de perdants nettement au-dessus du chiffre annuel dès que l’observation s’allonge.
Les corrélations identifiées
La partie la plus instructive de l’étude ne concerne pas le taux global mais ce qui distingue les résultats entre eux :
- Plus un client réalise de transactions, plus sa perte est élevée ;
- Plus la taille moyenne de ses transactions est élevée, plus la perte est importante ;
- Plus son exposition cumulée est importante, plus sa perte est élevée.
L’étude relève par ailleurs que l’expérience du trading ne semblait pas améliorer les résultats observés.
Ces trois corrélations portent toutes sur le volume d’activité et non sur la qualité des décisions, ce qui oriente vers une explication structurelle plutôt que vers un manque de compétence individuelle.
Une lecture possible est que chaque transaction supporte un coût, et que la répétition de ce coût pèse davantage que la justesse des anticipations. Cette hypothèse n’est pas testée par l’étude, qui se limite à constater les corrélations.
Ce que l’étude ne dit pas
Les limites méthodologiques sont énoncées par le régulateur lui-même et méritent d’être reprises.
Un compte rendu de la présentation de l’étude rapporte les termes employés par le secrétaire général de l’institution : l’étude a porté sur des intermédiaires représentant la moitié du marché des particuliers intervenant sur ces instruments, sur une période étendue à quatre ans afin d’éviter les biais conjoncturels.
La même source précise l’ampleur du travail d’analyse, portant sur plusieurs millions de transactions.
Le rapport indique également qu’il n’a pas été possible d’étudier la relation entre l’effet de levier utilisé et le niveau de résultat, ni de distinguer précisément les profils selon le type d’instrument.
Ce qui a changé depuis
L’étude date de 2014 et porte sur des exercices antérieurs, ce qui appelle une mise en perspective.
Le cadre réglementaire a été modifié depuis, avec l’introduction au niveau européen de plafonds d’effet de levier, d’une protection contre les soldes négatifs, d’une fermeture automatique des positions à un seuil de marge défini et de l’obligation pour les intermédiaires d’afficher leur propre taux de clients perdants.
Cette dernière obligation permet d’ailleurs à chacun de consulter des données actualisées, propres à l’établissement concerné, plutôt que de s’en remettre à une étude ancienne.
Ce qu’il faut en retenir
Les corrélations identifiées restent l’apport le plus durable de ce travail, puisqu’elles ne dépendent ni de la période ni du cadre réglementaire.
Elles indiquent que l’intensité de l’activité est associée à l’ampleur des pertes, ce qui constitue un élément de dimensionnement bien plus concret qu’un pourcentage global.
Les contrats sur différence sont des instruments à effet de levier comportant un risque élevé de perte rapide du capital. Les taux de clients perdants publiés par chaque intermédiaire constituent la donnée la plus à jour sur ce point et figurent obligatoirement sur leurs supports.
